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Le regroupement familial, du dossier à l’arrivée

Dix-huit mois de séjour, 1 867,02 € de ressources moyennes sur douze mois, un logement aux normes. Le préfet a six mois pour répondre, et son silence vaut refus.

Qui est concerné
Étrangers en situation régulière depuis au moins 18 mois, pour faire venir conjoint et enfants mineurs
Délai
6 mois pour la décision du préfet, puis le visa au consulat, jusqu’à 8 mois si l’état civil est vérifié
Coût
150 € de taxe et timbre par personne à l’arrivée, plus le visa et les traductions
Organisme
OFII, mairie, préfecture, consulat de France

C’est la voie ordinaire pour faire venir sa famille quand on n’est pas français et qu’on n’est pas réfugié. Elle est longue, elle se joue sur des pièces, et elle se perd presque toujours sur les mêmes trois choses : l’état civil, les ressources, le logement.

Deux avertissements avant de commencer. Le regroupement familial ne concerne que le conjoint majeur et les enfants mineurs. Il ne permet jamais de faire venir ses parents, ses frères et sœurs, ni un enfant majeur. Et il suppose que la famille soit restée à l’étranger : quelqu’un qui est déjà en France relève d’une autre procédure.

Qui peut demander

Dix-huit mois de séjour régulier en France, sous un titre d’au moins un an : carte de séjour temporaire d’un an ou plus, carte pluriannuelle, carte de résident, carte résident de longue durée-UE. Un récépissé de demande de renouvellement est accepté au dépôt.

Le compte est de dix-huit mois, pas de vingt-quatre. La loi du 26 janvier 2024 voulait passer à vingt-quatre mois et ajouter une condition d’assurance maladie : ces articles ont été censurés par le Conseil constitutionnel le 25 janvier 2024, comme adoptés en dehors du sujet du texte. Les conditions restent celles d’avant.

La mention du titre importe peu : salarié, vie privée et familiale, visiteur, et même étudiant figurent dans la liste officielle. Ce qui bloque un étudiant n’est donc pas une interdiction, c’est la condition de ressources : avec un plafond de 964 heures de travail par an, atteindre le SMIC en moyenne sur douze mois est hors de portée dans presque tous les cas.

Un titulaire de passeport talent n’a pas besoin de cette procédure : sa famille l’accompagne par une autre voie, plus rapide.

Les ressources, poste par poste

Il faut justifier de ressources stables et suffisantes sur les douze mois qui précèdent la demande, en moyenne mensuelle :

Taille de la famille Ressources exigées
2 ou 3 personnes 1 867,02 € par mois
4 ou 5 personnes 2 053,72 € par mois
6 personnes et plus 2 240,42 € par mois

C’est le SMIC brut mensuel, puis le SMIC majoré de 10 % et de 20 %. La taille de la famille se compte en incluant ceux qui vont venir.

Ce qui ne compte pas, la liste est fermée : les prestations familiales, le RSA, l’allocation de solidarité aux personnes âgées, l’allocation de solidarité spécifique, l’allocation temporaire d’attente, l’allocation équivalent retraite. L’allocation chômage, elle, compte : elle n’est pas dans la liste, et le dossier demande d’ailleurs le relevé de situation de France Travail.

Les revenus du conjoint resté au pays comptent, à une condition : qu’il les conserve en venant en France. Un salaire malgache qui s’arrête au départ ne compte pas.

Deux dispenses totales de condition de ressources : l’allocation aux adultes handicapés ou l’allocation supplémentaire d’invalidité ; et le cas d’une personne de plus de 65 ans, en France depuis 25 ans, mariée depuis au moins 10 ans, qui demande le regroupement pour son conjoint.

Le logement, et la visite

Le logement doit être disponible à l’arrivée de la famille, pas forcément au dépôt du dossier : une promesse de location ou un acte d’acquisition suffit, sur le formulaire prévu.

Surface minimale pour deux personnes, à majorer de 10 m² par personne supplémentaire jusqu’à huit, puis de 5 m² au-delà :

  • 22 m² en zone A bis et A, c’est-à-dire Paris, la petite couronne et les grandes agglomérations tendues ;
  • 24 m² en zone B1 et B2 ;
  • 28 m² en zone C.

Un couple avec deux enfants a donc besoin de 42 m² en zone A, 44 m² en B, 48 m² en C. Le simulateur de la page officielle donne la zone de ta commune.

La visite du logement est un piège réel. L’autorisation écrite se donne au moment du dépôt, et des agents habilités peuvent venir vérifier confort et habitabilité. Si la porte ne s’ouvre pas le jour venu, y compris parce que l’hébergeant est absent, les conditions de logement sont réputées non remplies. Prévenir tout le monde à l’avance fait partie du dossier.

Le troisième critère, et l’interdiction absolue

La loi exige aussi de se conformer aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France : monogamie, égalité entre les femmes et les hommes, respect de l’intégrité des enfants, liberté du mariage, assiduité scolaire, laïcité. Le maire donne un avis sur ce point comme sur le reste.

La polygamie est un refus absolu. Quand une personne vit en France avec un premier conjoint, aucun autre conjoint ne peut être admis, et les enfants de ce second conjoint non plus.

Le dossier, et où il va

Le dossier se dépose auprès de l’OFII, pas de la préfecture : en ligne sur le portail des étrangers, ou par courrier recommandé avec accusé de réception à la direction territoriale de ton lieu de résidence. Le formulaire est le cerfa n° 11436*05.

Les pièces d’état civil sont le gros du travail, et pour Madagascar c’est là que tout se joue :

  • copies intégrales avec mentions marginales de l’acte de mariage et de tous les actes de naissance, y compris ceux des enfants qui ne viennent pas mais vivront dans le logement ;
  • traduction par un traducteur assermenté près une cour d’appel, ou certification par le consulat de France ;
  • le jugement supplétif quand l’acte en mentionne un, ce qui est fréquent ;
  • si l’autre parent reste au pays, sa lettre d’autorisation avec signature authentifiée, et le jugement d’autorité parentale ou de garde.

Le reste suit : titre de séjour, douze mois de justificatifs de ressources, dernier avis d’imposition, bail ou acte de propriété, quittance, assurance habitation.

Les délais, et le silence qui refuse

  1. Le maire a deux mois pour donner son avis sur le logement, les ressources et les principes essentiels. Son silence vaut avis favorable.
  2. Le préfet doit notifier sa décision dans les six mois du dépôt du dossier complet. Tant qu’une pièce manque, ce délai ne court pas.
  3. Le silence du préfet à six mois vaut refus. Il n’y a pas de courrier, pas d’explication : c’est au demandeur de compter.
  4. L’autorisation obtenue, la famille demande son visa au consulat de France à Tananarive, par France-Visas et le centre TLScontact. Si le consulat décide de vérifier les actes d’état civil, ce qui arrive souvent pour Madagascar, le délai légal d’instruction passe à huit mois.
  5. Le visa délivré, la famille a trois mois pour entrer en France. Au-delà, l’autorisation est caduque et tout est à refaire.

Compter un an du dépôt à l’arrivée est réaliste. Compter deux ans si l’état civil est vérifié ne l’est pas moins.

Ce qu’il en coûte

  • 150 € par personne à l’arrivée, taxe et droit de timbre compris. C’est le tarif minoré, celui du regroupement familial, et il a doublé le 1er mai 2026, il était de 75 €.
  • 100 € au renouvellement, même tarif minoré.
  • Le visa de long séjour et les frais du centre de dépôt à Tananarive. Le tarif dépend de la catégorie et se vérifie sur France-Visas au moment de la demande : les montants qui circulent ailleurs sont souvent périmés.
  • Les traductions assermentées et les copies d’actes, à la pièce.

À l’arrivée

La visite médicale de l’OFII conditionne le titre de séjour. Une visite manquée le bloque.

Le conjoint entre avec un visa de long séjour valant titre de séjour, le VLS-TS, qu’il doit valider en ligne dans les trois mois de son arrivée. Cette validation le dispense de passer en préfecture la première année, et c’est elle qui ouvre le droit de travailler. Au bout d’un an, il demande une carte de séjour temporaire « vie privée et familiale », valable un an.

Les enfants mineurs entrent avec un visa portant la mention regroupement familial et n’ont pas de titre de séjour à demander. Ils obtiennent un document de circulation pour étranger mineur, qui leur permet de voyager, puis une carte « vie privée et familiale » à leur majorité, ou dès 16 ans s’ils veulent travailler.

Le contrat d’intégration républicaine se signe avec l’OFII : 24 heures de formation civique, sanctionnées depuis le 1er janvier 2026 par un examen de 40 questions à 80 % de réussite, et jusqu’à 600 heures de français si le niveau est inférieur à A2. Le A2 est désormais exigé pour la carte pluriannuelle, le B1 pour la carte de résident.

Les trois premières années sont sous condition. Le titre du conjoint peut être retiré en cas de rupture de la vie commune pendant les trois ans qui suivent l’autorisation. Deux protections existent : quand des enfants sont nés de l’union et que le parent contribue à leur entretien, et quand la personne a subi des violences conjugales ou familiales, auquel cas l’administration ne peut pas retirer le titre. C’est une protection légale, pas une tolérance : voir la fiche se défendre face à un abus.

En cas de refus

Redéposer est souvent plus rapide que contester. Quand le refus tient au logement ou aux pièces manquantes, une nouvelle demande peut être déposée dans les six mois avec dispense de certaines pièces déjà fournies.

Sinon, dans l’ordre :

  • recours gracieux auprès du préfet, ou hiérarchique auprès du ministre de l’intérieur, dans les deux mois en métropole, trois outre-mer, quatre depuis l’étranger. Il interrompt le délai de recours devant le juge ;
  • tribunal administratif, dans les deux mois de la décision, ou de la réponse au recours gracieux. Le silence de l’administration pendant deux mois vaut rejet et rouvre ce délai.

Voir la fiche quand la préfecture bloque pour la mécanique des recours.


Cette fiche oriente, elle ne remplace pas l’administration. En cas de doute sur ta situation, la source officielle ci-dessus fait autorité, et le consulat de Madagascar pour tout ce qui relève de l’état civil malgache.

Dernière vérification : vendredi 11 septembre 2026

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