Lire sa fiche de paie, ligne par ligne
Un bulletin de paie expliqué en entier, sur un exemple chiffré : à quoi sert chaque ligne, lesquelles vérifier, et laquelle recopier quand la CAF ou la préfecture demande tes revenus.
- Qui est concerné
- Toute personne salariée en France, à temps plein comme à temps partiel
- Délai
- Remis à chaque paie
- Coût
- Gratuit : l’employeur doit le fournir
- Organisme
- Employeur
Un bulletin de paie, c’est une trentaine de lignes que personne n’explique jamais. Pourtant tout tient en une phrase :
Ce que tu as gagné, moins ce qui part en cotisations, égale ce que tu touches.
Le reste du document sert à détailler le « ce qui part », et à écrire quatre totaux différents qui portent presque le même nom. Cette fiche lit un bulletin en entier, ligne par ligne, sur un exemple.
L’exemple qu’on va lire ensemble
Un salarié en CDI, 35 heures par semaine, payé au SMIC, sans mutuelle d’entreprise, pour le mois de septembre 2026. Les montants sont ceux en vigueur ; ton bulletin aura les mêmes lignes, avec d’autres chiffres.
| № | Ce qui est écrit sur le bulletin | Montant |
|---|---|---|
| 1 | Salaire de base, 151,67 h à 12,31 € | 1 867,02 € |
| 2 | Salaire brut | 1 867,02 € |
| 3 | Santé : maladie, maternité, invalidité | 0,00 € |
| 4 | Accidents du travail | 0,00 € |
| 5 | Retraite : vieillesse plafonnée, 6,90 % | 128,82 € |
| 6 | Retraite : vieillesse déplafonnée, 0,40 % | 7,47 € |
| 7 | Retraite complémentaire, 3,15 % | 58,81 € |
| 8 | Contribution d’équilibre général, 0,86 % | 16,06 € |
| 9 | Famille | 0,00 € |
| 10 | Assurance chômage | 0,00 € |
| 11 | CSG déductible, 6,80 % | 124,74 € |
| 12 | CSG et CRDS non déductibles, 2,90 % | 53,20 € |
| 13 | Total retenu sur le salaire | 389,10 € |
| 14 | Montant net social | 1 477,92 € |
| 15 | Net imposable | 1 531,12 € |
| 16 | Net à payer avant impôt | 1 477,92 € |
| 17 | Impôt sur le revenu prélevé à la source, 0 % | 0,00 € |
| 18 | Net payé | 1 477,92 € |
| 19 | Cumuls depuis janvier : brut, net imposable, heures |
Le net représente ici 79 % du brut. C’est l’ordre de grandeur du privé, et c’est pourquoi un salaire annoncé « 2 000 € » n’est pas 2 000 € sur le compte. Demande toujours si le chiffre annoncé est brut ou net.
Le haut du bulletin, avant les chiffres
Ces lignes ne sont pas de l’argent, mais deux d’entre elles décident de démarches entières.
L’employeur : sa raison sociale, son adresse, son numéro SIRET et son code APE. Le SIRET est ce qu’on te demandera pour prouver que l’entreprise existe.
La convention collective : son nom est écrit en toutes lettres. C’est elle qui fixe ton salaire minimum, tes primes d’ancienneté, tes délais de préavis. Elle est presque toujours plus favorable que le code du travail seul, et presque personne ne la lit.
L’intitulé de ton emploi et ton coefficient. À vérifier : c’est cet intitulé qui sera lu pour savoir si ton métier relève de la liste des métiers en tension. Un intitulé vague ferme une porte sans que tu le saches. Voir lire la liste des métiers en tension.
La période payée et la date de paiement, qui ne sont pas la même chose.
Ligne 1 et 2 : ce que tu as gagné
Le salaire de base est le nombre d’heures multiplié par le taux horaire. Pour un temps plein, c’est toujours 151,67 heures par mois : 35 heures par semaine, ramenées au mois. Un mi-temps affiche 75,83 h.
S’ajoutent, chacune sur sa ligne :
- les heures supplémentaires, au-delà de 35 h par semaine, majorées de 25 % pour les huit premières puis de 50 % ;
- les heures complémentaires, pour un temps partiel qui dépasse son contrat, majorées d’au moins 10 % ;
- les primes : ancienneté, treizième mois, panier, salissure ;
- les avantages en nature : logement, véhicule, repas fournis. Ils comptent comme du salaire et sont cotisés.
Le total de tout cela, c’est le salaire brut, ligne 2. Tout ce qui suit se calcule dessus.
Lignes 3 à 12 : ce qui part, et où ça va
C’est le bloc qui fait peur, et c’est le plus simple : chaque ligne est une protection que tu achètes. La loi impose de les regrouper en cinq familles.
Santé (ligne 3). Maladie, maternité, invalidité, décès. La part salariale est à 0 % depuis 2018 dans le cas général : c’est l’employeur qui paie. Deux exceptions : l’Alsace-Moselle, où une cotisation salariale subsiste, et les salariés qui ne sont pas fiscalement domiciliés en France.
Accidents du travail (ligne 4). Toujours 0 € pour le salarié : entièrement à la charge de l’employeur, à un taux qui dépend du risque du métier.
Retraite (lignes 5 à 8). C’est le plus gros morceau, et le seul qui te revient plus tard.
- La vieillesse plafonnée, 6,90 %, ne porte que sur la part du salaire inférieure au plafond de la Sécurité sociale, 4 005 € par mois en 2026.
- La vieillesse déplafonnée, 0,40 %, porte sur tout le salaire.
- La retraite complémentaire Agirc-Arrco, 3,15 % sur la première tranche, et la contribution d’équilibre général, 0,86 %. Elles donnent des points, et ces points font une part importante de la pension.
Ces lignes valident tes trimestres de retraite, même si tu repars à Madagascar : les droits restent acquis. Voir préparer son retour à Madagascar.
Famille (ligne 9) et assurance chômage (ligne 10). 0 € pour le salarié dans les deux cas, l’employeur paie seul. La cotisation chômage salariale a été supprimée en 2018 : cela ne t’enlève aucun droit.
CSG et CRDS (lignes 11 et 12). Ce ne sont pas des cotisations mais des impôts affectés au social. Elles se calculent sur 98,25 % du brut, pas sur la totalité, et se répartissent ainsi :
| Taux | Déductible de l’impôt ? | |
|---|---|---|
| CSG déductible | 6,80 % | oui |
| CSG non déductible | 2,40 % | non |
| CRDS | 0,50 % | non |
Cette distinction n’a l’air de rien, et c’est pourtant elle seule qui explique que le net imposable soit plus élevé que le net que tu touches. Les 2,90 % non déductibles sont prélevés sur ton salaire mais restent imposables.
Si ton entreprise a une mutuelle, une ligne s’ajoute ici. Elle est obligatoire dans le privé, l’employeur en paie au moins la moitié, et la part salariale retire en général 10 à 30 € par mois. Voir la complémentaire santé solidaire si tu n’as pas de mutuelle d’entreprise.
Lignes 14 à 18 : les quatre totaux qui se ressemblent
C’est ici que tout le monde se trompe. Ils ne servent pas à la même chose.
Le montant net social (ligne 14), c’est le brut moins toutes les cotisations obligatoires. C’est ce chiffre-là qu’on recopie quand la CAF demande tes ressources, pour le RSA ou la prime d’activité. Depuis janvier 2024, la déclaration trimestrielle attend celui-ci et aucun autre. Se tromper de ligne, c’est déclarer faux, et rembourser plus tard.
Le net imposable (ligne 15), c’est la base de l’impôt. Il est plus élevé que ce que tu touches, à cause des 2,90 % de CSG et CRDS non déductibles. C’est normal, ce n’est pas une erreur, et c’est ce montant qui sera prérempli sur ta déclaration de revenus. Voir déclarer ses impôts quand on vient d’arriver.
Le net à payer avant impôt (ligne 16). La loi impose de l’écrire dans une police au moins une fois et demie plus grande que le reste du bulletin : c’est la ligne la plus visible, et c’est fait exprès. Sur un bulletin simple, il est égal au net social. Il s’en écarte quand d’autres retenues existent, saisie sur salaire, avance, part salariale des titres restaurant.
Le net payé (ligne 18), c’est le virement. Net à payer avant impôt, moins l’impôt prélevé à la source.
Ligne 17 : l’impôt, et le piège du taux à zéro
Le taux vient de l’administration fiscale, pas de l’employeur. Il est propre à ton foyer et il est écrit sur le bulletin.
Quand tu viens d’arriver, ce taux est souvent 0 %, parce que le fisc n’a encore aucune déclaration à ton nom. Ce n’est pas un cadeau : l’impôt dû sera réclamé en une fois l’année suivante. Si tu gagnes assez pour être imposable, mets de côté, ou demande un acompte sur impots.gouv.fr.
Ligne 19 : les compteurs, et celui qui compte vraiment
En bas, le bulletin cumule depuis janvier : le brut, le net imposable, et les heures travaillées.
Ce compteur d’heures est vital si tu es étudiant. C’est lui, et lui seul, qui te dit où tu en es des 964 heures par an autorisées par ton titre de séjour. Personne ne le suit à ta place, et le dépassement se paie au renouvellement. Voir travailler pendant ses études.
À côté, le compteur de congés payés : acquis, pris, restants. Tu gagnes 2,5 jours ouvrables par mois travaillé, soit cinq semaines par an, temps partiel compris.
Six choses à vérifier chaque mois
- Le nombre d’heures payées correspond à ce que tu as fait.
- Le taux horaire n’est pas sous le SMIC, 12,31 € brut depuis le 1er juin 2026, ni sous le minimum de ta convention collective.
- Les heures supplémentaires apparaissent, et majorées.
- Le compteur de congés avance.
- Le net social est cohérent avec le mois précédent.
- Ton nom, ton emploi et ta convention sont les bons.
Si un temps partiel, un job étudiant, une alternance
Le bulletin est le même, seuls les chiffres changent. Pour 60 heures par mois au SMIC : environ 739 € brut et 585 € net, la même proportion de 79 %.
L’apprenti ne paie ni CSG ni CRDS, et son salaire est exonéré d’impôt dans la limite du SMIC annuel : son net est très proche de son brut. Voir l’alternance quand on vient de Madagascar.
Le stagiaire ne reçoit pas un bulletin de paie mais une attestation de gratification, qui n’est pas du salaire tant qu’elle reste sous le seuil légal.
Les heures supplémentaires bénéficient d’une réduction de cotisations salariales de 11,31 % et sont exonérées d’impôt jusqu’à 7 500 € par an.
Si une ligne est fausse
Signale-le par écrit, courriel ou lettre, en citant le mois et la ligne. Garde la copie. Un employeur de bonne foi corrige sur la paie suivante, avec une ligne de régularisation.
S’il ne corrige pas, tu as trois ans pour réclamer un salaire non payé devant le conseil de prud’hommes, et le service de renseignement en droit du travail répond gratuitement au 0 806 000 126. Voir un employeur qui abuse.
Accepter un bulletin ne vaut pas renoncer à ce qui n’y figure pas : la signature d’un reçu pour solde de tout compte, elle, se conteste dans les six mois.
Garde-les toutes, sans exception
Un bulletin de paie se conserve jusqu’à la retraite, et au-delà. Le code du travail le dit lui-même en bas du document.
Ils servent à :
- prouver tes ressources pour un titre de séjour, un bail, un garant, un crédit, la CAF ;
- reconstituer ta carrière si une caisse de retraite perd un trimestre, ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit ;
- prouver ta présence en France, ce qui compte pour une régularisation et pour la nationalité.
Les recevoir par voie électronique est le régime normal depuis 2017. Télécharge-les et range-les toi-même : le coffre-fort en ligne fourni par l’employeur disparaît quand tu quittes l’entreprise ou quand le prestataire change.
Ce qui change en 2027
Un bulletin de paie simplifié est prévu, avec des libellés harmonisés d’une entreprise à l’autre. Il devait s’appliquer au 1er janvier 2026, il est reporté au 1er janvier 2027. Jusque-là, le bulletin que tu reçois est celui décrit ici, et la disposition des lignes varie encore d’un logiciel de paie à l’autre.
Cette fiche oriente, elle ne remplace pas l’administration. En cas de doute sur ta situation, la source officielle ci-dessus fait autorité.